Maquia : Mythe et maternité

Maquia – When the Promised Flowers Blooms est un film écrit et réalisé par Mari Okada. On y suit Maquia dans sa nouvelle vie de mère et tout ce que cela implique. Le film en lui-même est une ode à l’amour maternel, et offre un spectacle des plus touchants. L’univers du film aborde cependant d’autres thèmes en parallèle, notamment celui du mythe, qui s’entremêle à celui de la maternité. Des inspirations de la mythologie japonaise, jusqu’à la place de la mère comme divinité, nous allons un peu nous pencher toute la richesse de l’œuvre.

 

1. Du temps des dieux

Maquia démarre en nous présentant la tribu des isolés, un peuple vivant plusieurs centaines d’années sans changer d’apparence. Ce peuple est voué au tissage de l’Hibiol, une sorte d’étoffe dans laquelle est tissé le temps qui passe, souvenirs et messages. Evitant tout contact avec l’extérieur, c’est-à-dire les humains, ils vivent isolés dans une sorte de Paradis, témoins du temps qui passe. Ce sanctuaire sera cependant violé par les humains, interrompant le tissage sacré de l’Hibiol, et Leilia étant enlevée pour servir de femme au prince. Par ses éléments, ce préambule offre un point de départ ancré dans les mythes et leur disparition graduelle. Avant de parler de cette dernière, on peut déjà remarquer les similitudes à un épisode de la mythologie japonaise, celui de la querelle entre Amaterasu et son frère Susanoo. Ce dernier, fier de sa victoire sur sa sœur, se déchainera en farces dans la plaine céleste. La plus marquante étant son intrusion dans le pavillon du tissage d’Amaterasu, y lançant depuis le toit un cheval écorché. Le viol symbolique du lieu est d’autant plus appuyé par l’une des tisseuses qui, sous le choc, se tuera en s’enfonçant une navette à tisser dans le vagin (viol qu’on retrouve de manière implicite avec Leilia). A la suite de quoi Amaterasu se réfugiera dans la grotte céleste. Krim fera d’ailleurs également l’analogie à une cave en parlant de Maquia. En plus des éléments comme le tissage ou le parallèle entre la plaine céleste et le sanctuaire d’Iorph, on retrouve des similitudes assez communes à ce type de légende. Par ailleurs, on sentira également une certaine inspiration des légendes japonaises autour d’êtres surnaturels comme les nymphes célestes dans le cas de Leilia, ou de ceux qui tissent en secret des étoffes sous leurs véritables formes (souvent animales) (cf. Agnès Giard, Les histoires d’amour au Japon). Tout le film s’ancre ainsi dans le merveilleux, tout en annonçant sa fin prochaine.

 

2. De mythe à réalité

A la fin de ce préambule, la courte scène du dragon volant avec Maquia dans l’aube et ses ombres portées m’a toujours rappelé La chute de Lucifer de Doré. Que ce soit voulu ou non, la symbolique marche à merveille. Maquia est emportée malgré elle du monde merveilleux au monde réel. Ce déclin des mythes se ressent également au travers des décors. Les campagnes foisonnantes laisseront ainsi progressivement place aux villes industrielles, où les mythes n’ont plus leur place. A l’image de ces derniers dragons qui se laissent périr dans leur tour. Si les autres rescapés d’Iorph tomberont dans l’apathie, la fin de leur Hibiol, celui de Maquia continuera de se tisser. Cela, au travers d’Ariel. Telle une divinité arrachant quelqu’un des mains de la Mort, elle arrachera ce bébé des mains de sa mère morte, tout comme les cris de ce dernier auront arrêté son suicide. « C’est mon Hibiol ». Au travers de ce bébé, Maquia met la main sur un nouveau récit. Dans ce monde, elle n’a aucune place en tant que mythe, voué à être oublié. Elle peut cependant continuer de vivre en tant que mère. Elle va alors à l’encontre de l’avertissement de la patriarche sur le monde extérieur : « Tu ne devras aimer personne. Car l’amour te fera connaitre la vraie solitude ». Celle des immortels face aux mortels. Aimer, surtout au Japon, est voué à la tristesse. Le terme utilisé est ici « ai », désignant à l’origine l’amour au sens bouddhique d’attachement terrestre. Divinité détachée de ce monde, Maquia s’ancre-t-elle ici-bas par l’amour maternel ?

 

3. L’amour d’une mère

Il est évident que le thème principal de Maquia est centré sur la maternité, sous différentes formes. Et présenter une mère comme une sorte de divinité n’est-il pas des plus judicieux ? La mère joue en effet un rôle central dans la formation du soi chez l’enfant. Un soi dépendant d’un autrui tout-puissant répondant à ses désirs primaires (cf. Kishida Shû, Gensô no mirai). On observera d’ailleurs le soin dans l’évolution psychologique d’Ariel, passant par différentes phases de comportement envers sa mère. Si une mère est (à notre naissance) perçue comme une sorte de divinité, on peut bien voir dans la relation mère-enfant une sorte de mythologie personnelle, mue par l’amour. On peut ainsi voir dans le personnage immortel de Maquia une métaphore de ce lien, la mère vivant « éternellement » dans le fils, et inversement. Et ainsi de suite au travers des descendants, Maquia aidant à mettre au monde l’enfant d’Ariel. Cela se ressent bien dans l’un des derniers dialogues entre la mère et le fils (dont la scène des souvenirs sera la version visuelle). « Peu importe que tu ne m’appelles pas « maman ». J’accepterai le nom que tu me donneras. Celui qui a tissé celle que je suis maintenant, c’est toi ». Si on devine la triste expérience solitaire de la patriarche, à l’image des prêtresses d’Ise (le sanctuaire d’Amaterasu) vouées au célibat pour l’acte sacré et solitaire du tissage (cf. Agnès Giard, op. cit.), on peut également voir en Maquia un acte sacré et pluriel : celui d’être mère.
Et maintenant son fils père, Maquia s’en retourne vers ses contrés divines dans la lueur de l’aube, donnant l’impression de marcher sur l’eau, vers le rond portail que forment un pont et son reflet. « Ne t’en vas pas ! Maman ! ». Une injonction vaine, mais pleine de sens. Bien que père, Ariel reste un enfant devant la divinité que représente une mère.

 

Conclusion :

Maquia est un film d’une qualité rare. Chacun de ses décors est une merveille à découvrir, myriade de couleurs et de lumières, tout comme chaque musique offre poésie et émotion à chaque scène. La réalisation livre des passages à la beauté planante, mais aussi des scènes brillantes par leurs idées, comme la superbe mise en parallèle d’un accouchement et d’une bataille. Le film aborde de nombreuses choses, tout en livrant un récit d’une douceur et justesse folles. Le thème de la mère et du mythe offre ainsi une petite réflexion intéressante, au travers de sublimes scènes dont l’émotion nous touche en plein cœur.

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